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22/05/2006

PUPPET GORKY AND THE SIBERIAN COLD

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Les steppes recouvertes d'une épaisse couche de glace.  Il a encore neigé toute la nuit.  A perte de vue vers le Nord, au plus loin vers le Sud, d'Est en Ouest, le désert de givre offre sa désolation à l'enfant des longues nuits.  Il attend le soleil des mois durant, devenant tour à tour le confident des étoiles et parfois, leur pire ennemi.  Il maudit cette terre où l'année se vit sur deux jours, éternellement, éternellement, éternellement longs.  Il ne connaît même plus l'heure de sa naissance.  Ne cherche pas à savoir. Il a compris depuis, qu'ici l'on meurt deux fois plus vite que partout ailleurs.

Il n'a jamais connu sa mère et ne peut que se réfugier dans les légendes d'un vieux père, trappeur de son état, pêcheur à ses heures, toujours rude tel l'ours blanc solitaire, distant tel l'iceberg en perdition. Ce n'est que tard le soir, quand vient l'heure du coucher, qu'il peut plonger sa petite main dans la barbe soyeuse du vieil homme qu'il vénère et qu'il craint.  Une minute de douceur dans un océan de douleurs.

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Mais quand il se prend à rêver, il se revoit dans la ville lointaine, au coeur d'un marché aux senteurs d'épice et de viandes cuites, aux étoffes sombres, aux lampes d'huile parfumée.  Il y voit fruits qu'il n'a jamais goûtés, livres qu'il ne pourra lire, jeux qu'il ne comprend pas, gosses de riches qui le toisent, le dévisagent et le jugent.  Il regarde au travers des carreaux sales et givrés de l'unique taverne quelques vieux moujiks désabusés, rougis par de mauvais alcools et la chaleur d'un poële au bois.

Mais au bout de la dernière rangée d'échoppes, tous ses soucis s'envolent car son ami l'attend.  Et un jour, c'est certain, son père aura assez d'argent pour le lui offrir.  C'est "Died Maroz" qui l'a promis...
Puppet Gorky lui sourit toujours quand il le voit.  Il est sans doute le pantin le plus vilain qu'offre la planète.  Personne ne le regarde.  Personne ne l'aime.  Seul l'enfant lui trouve une beauté cachée, désuète et tendre.  De longues minutes de silence, de regards croisés du fond de l'âme.  Depuis longtemps, Puppet Gorky n'a plus bougé comme ça.  "Il m'a choisi, il va me prendre. Je ne veux plus qu'il parte sans moi. Nous nous appartenons..."

L'hiver suivant fut plus rude encore que les précédents. Maxim O. n'avait pu réunir assez d'argent pour pouvoir le soigner.  La fièvre avait atteint des sommets jusqu'alors évités.  Et la distance était à présent trop longue pour arriver à temps au premier dispensaire connu.  Cette terre maudite lui avait enlevé son épouse.  A présent, elle lui prenait son unique fils.

Aliocha, 1923-1930

"Je t'en prends douze, pas une de plus".  Le gros Sergueï Ivanovitch K. n'était pas bon en affaires. Il n'était bon en rien ! Douze valaient mieux que pas une seule. "Et tu as de la chance que je te les prenne encore à un aussi bon prix."  Maxim, résigné, lui tendit les fourrures, prit l'argent et quitta le marchand, le regard triste et vide.  Les bruits de la foule ne l'atteignaient plus.  "Quatre années déjà que je viens seul à la ville.  Quatre années de vide et de froid au coeur ! ...Dieu qu'il me manque. "Slova Bogou". Telle est ma destinée ! "

Il acheta de maigres provisions, les chargea sur le traîneau, prit eau, graisse et viande pour les chiens.  La route était longue, il lui fallait partir maintenant pour espérer arriver chez lui avant la tempête.  Il laissa derrière lui les fumets de thé brûlant, les effluves de "petite eau", des épices.  Il laissait à présent l'établi du charpentier et sortait par la Porte Est de la Ville.

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Puppet Gorky le regarda fixement l'espace d'une infime seconde.  Le vieil homme arrêta l'attelage, approcha du pantin et lui parla comme si d'un enfant il s'agissait.  "Tu plaisais à mon fils.  Il n'est plus là maintenant.  A quoi cela pourrait-il bien me servir de te prendre et que ferais-je de toi ?"  Il regarda fixement la vilaine poupée de bois une dernière seconde et tourna les talons ...

"A te souvenir que j'étais probablement son seul rêve !"

Maxim, 1889-1937

Commentaires

Je fais d'abord un commentaire, juste pour être le premier, ensuite je te lis et je t'écoute...

Écrit par : G MIKE | 23/05/2006

M O R T de rire ! Va plutôt dormir !

Écrit par : Dim | 23/05/2006

J'ai lu cette histoire, je suis perplexe : qui est Maxime ?
Je vois bien cette poupée de bois, j'en ai des larmes aux yeux... mais je suis une fille sensible, cela me passera :)

Écrit par : wictoria | 23/05/2006

Belle et triste histoire comme d'haitude Dim avec toi la musique est un parfait complément des images, a vrai dire elles s'imbriquent l'une dans l'autre pour faire une vraie histoire et ca ca n'est pas donné à tout le monde Bravo à toi ! Bon je sais que les gens pensent que c'est assez sombre ici mais la tristesse n'est pas forcement sombre !

Écrit par : Jipes | 23/05/2006

Wictoria : les élans du coeur sont ceux de la sensibilité et c'est ce qui compte avant tout. L'histoire n'est sans doute pas heureuse parce qu'elle décrit des choses lointaines et qui, soudainement, deviennent terriblement proches. Il est un mot qui me hante et me heurte, jour après jour : indifférence. En quelques mots, tu m'en décris tout le contraire. Merci pour ces mots et l'écho qu'ils se font chez moi ! Maxim est un vieil homme abandonné par un monde "indifférent" !

Jipes : merci pour ton commentaire et pour tout ce qu'il dit. Tu as tellement raison, j'ai beaucoup de mal à concevoir qu'une musique se suffise à elle-même. En revanche, je suis heureux de pouvoir la vivre au travers d'émotions et d'images. La musique qui me "parle" est probablement celle qui soutient un message, qu'il soit léger, heureux, sombre ou complexe...Tu as aussi tellement raison de dire que la tristesse n'est pas forcément sombre. Je crois que l'on peut être triste de trop aimer, de vivre des petits bonheurs intenses. Et singulièrement, l'on s'approche d'une certaine mélancolie. A très bientôt.

Écrit par : Dim | 23/05/2006

J'ai lu et j'ai eu froid... heureusement la musique m'a réchauffé... ou alors était-ce ma femme ?

Écrit par : G MIKE | 23/05/2006

Mike : Homme heureux, va ! De quoi te plains-tu ?

Écrit par : dim | 23/05/2006

Me plains pas moi, "carpe diem"

Écrit par : G MIKE | 23/05/2006

Bonsoir Mon Ami !
Une musique et un texte qui se complètent et se magnifient comme l'a dit fort justement Jipes. Et les 3 illustrations ajoutent l'ultime note de poésie. Adéquation parfaite, comme d'habitude ! Dimitri, bluesman de la steppe ? Je le crois tout à fait. Merci pour ce cafard de grande classe...

Écrit par : Philippe | 24/05/2006

C'est moi qui vous remercie infiniment, My Tibetan Friend, d'avoir laissé votre empreinte dans les neiges éternelles. Un message qui réchauffe le coeur pour une histoire qui parle aussi d'amitié. Celle que l'on croit difficile, voire impossible. Mais aujourd'hui, je peux vous dire, et je suis certain que vous me conprendrez, qu'il n'en est rien !
"Gorky", plus que jamais, est un "incident de parcours". Mais il est vrai que lorsque viennent les images, écoute après écoute, ce morceau s'est transformé en une véritable obsession. Et ce n'est qu'à cette seule condition que je lui trouve un intérêt ! Je vous dis à très très bientôt sur le spécial Channel Tibetan Underground !

Écrit par : Dim | 24/05/2006

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